Voyages vers la Lune

Une histoire des voyages vers la Lune
ou
comment l’Homme a rêvé aller sur la Lune ?

Il existe une légende chinoise de l’époque de la dynastie Ming qui raconte l’histoire de Wan Hu qui, voulant visiter la Lune, mourut dans l’explosion de son trône propulsé par des fusées ; un cratère lunaire porte aujourd’hui son nom.
Quitter la Terre, partir à la découverte du cosmos, voilà probablement l’un des plus vieux rêves de l’Homme. La littérature a conservé de très anciennes traces de cet attrait pour l’inconnu et en particulier pour la Lune, première étape du voyage.

Partez à la découverte des voyages de l’Homme vers la Lune à travers plusieurs œuvres d’auteurs connus ou moins connus,  Jules Verne, Edgar Allan Poe,  Lucien de Samosate, Savinien de Cyrano de Bergerac ou encore  Georges le Faure et Henry de Graffigny.

Les voyages en ballons

A partir du XVIIIe siècle, les récits de voyages sur la Lune feront la part belle à la technologie grâce en particulier au progrès des instruments astronomiques et au développement de l’aérostation. Les voyages en ballons permettent à l’homme de s’élever de plus en plus haut dans les airs, alors pourquoi pas jusqu’à la Lune ?
Ce sera le moyen de transport qu’adoptera l’écrivain Edgar Allan Poe dans son roman Aventure sans pareille d’un certain Hans Pfaall * paru en 1835. De nombreux auteurs de la littérature de l’imaginaire tels que Herbert George Wells, Ray Bradbury, ou encore H.P. Lovecraft, reconnaîtront s’être largement inspiré de ses principales œuvres. Jules Verne sera tellement impressionné par son roman qu’il en écrira une suite appelée Le Sphinx des glaces.

Le vol vers la Lune en ballon inspira également l’auteur Ville d’Avray pour la réalisation d’une œuvre personnelle sans aucune prétention ni littéraire ni scientifique : son Voyage  dans la lune avant 1900 *, un livre d’images patiemment réalisé pour l’amour de ses enfants.

Fake News !

La sortie du roman d’Edgar Allan Poe est en partie éclipsée par une nouvelle sensationnelle parue au même moment dans le journal américain le « New York Sun ». Il y est question de l’astronome Sir John Herschel au Cap de Bonne­-Espérance qui aurait découvert une faune et une flore sur la Lune et même une forme de vie humaine, grâce à un télescope d’une puissance inimaginable ! Il s’agissait bien sûr d’un canular, imaginé par Richard Adam Locke, resté dans l’histoire sous le nom de « Great moon Hoax » *.

De la Terre à la LuneCoups de canon

Pour aller sur la Lune, il y a plus sophistiqué que le ballon. En 1865, Jules Verne, dans son roman De la Terre à la Lune *, se sert d’un immense canon pour envoyer trois passagers
vers la Lune à l’intérieur d’un obus. Parce qu’il a réussi à mêler science et anticipation tout en divertissant son public, en plus d’être un vulgarisateur de génie, Jules Verne sera souvent cité comme l’un des pères fondateurs de la science­-fiction.
C’est au moyen d’un canon inspiré de celui de Jules Verne que les auteurs Georges Le Faure et Henry de Graffigny propulsent leurs explorateurs vers la Lune dans Les Aventures extraordinaires d’un savant russe * en 1889.

Robida, un génie visionnaire Albert Robida, grand illustrateur et auteur contemporain de Jules Verne écrira et mettra en images son récit imaginaire Le XXe siècle *, dans lequel la Lune a été rapprochée de la Terre grâce à l’électricité produite dans une usine installée au pic du Midi dans les Pyrénées. Ce qui ne manque pas de saveur, quand on sait que le pic du Midi deviendra plus tard un haut lieu de l’astronomie et que c’est dans cet observatoire que furent prises les photos de la Lune pour préparer les missions Apollo qui se posèrent sur la Lune.

De la « scientifiction » à la « science­-fiction »

Dans son roman Les premiers hommes dans la Lune * de 1901, Herbert Georges Wells utilisera une substance extraordinaire, inconnue jusqu’alors, la « Cavorite », qui annule la gravité terrestre. Ce sera le début de la science­-fiction moderne. Hugo Gernsback, admirateur des œuvres de Jules Verne et de H. G. Wells, publie en 1926, le premier magazine américain de science­-fiction « Amazing Stories ». Directeur du magazine jusqu’en 1929, il créera le terme de « scientifiction », peu à peu transformé en « science­-fiction ».
En plus du rêve de découvrir de nouveaux mondes, le voyage sur la Lune constitue un renversement de paradigme avec la possibilité de contempler la Terre à partir de la Lune.
Au 16e siècle, grâce à Copernic, la Terre n’est plus le centre du monde et plusieurs auteurs utilisent le voyage sur la Lune pour mieux faire partager cette vision en montrant que la Lune est un monde, au même titre que la Terre.

Des bateaux dans les airs Le navire, moyen de transport adapté aux plus lointaines explorations maritimes, se retrouve aussi dans plusieurs voyages comme chez le pionnier du genre Lucien de Samosate qui vécut au IIe siècle. Dans son récit Histoires vraies *, le navire est emporté par une bourrasque qui permet d’atteindre la Lune après 8 jours de traversée. Lucien fait la connaissance de ses habitants, les Sélénites, et découvre leur mode de vie.
C’est ainsi que le Baron de Münchhausen *, dans ses célèbres et extravagantes aventures, fut emporté vers la Lune à bord de son bateau qui lui permit de découvrir un monde tout à fait comparable à notre Terre, à quelques exceptions près (extrait chapitre XVI ) :

« Dans la lune — car c’était là l’île étincelante où nous venions d’aborder —,
nous vîmes de grands êtres montés sur des vautours, dont chacun avait trois têtes. »

Le songe

Cas à part dans les voyages vers la Lune, l’astronome allemand Johannes Kepler écrivit Le songe ou l’astronomie lunaire en 1634 dans lequel le héros atteint la Lune par l’entremise d’un démon, démon qui n’est autre qu’une métaphore pour représenter les savants et la science. Le cas de Kepler est particulier car il est avant tout l’un des plus importants fondateurs de l’astronomie moderne. Son objectif en écrivant Le songe * est avant tout de faire passer ses convictions coperniciennes sur la place de la Terre dans l’univers. Tous les détails apportés dans le récit sont en accord avec les plus récentes découvertes scientifiques du moment.

Tirée par des oies !

Plusieurs auteurs du XVIIe siècle seront fortement inspirés par l’œuvre de Kepler. La même année 1638, deux ecclésiastiques anglais publièrent chacun un ouvrage décrivant un voyage sur la Lune. Francis Godwin avec The Man in the Moone * reste dans le registre de la fantaisie avec un voyage réalisé grâce à une machine volante tirée par des oies ! John Wilkins, qui sera plus tard le premier secrétaire de la Royal Society, publie The Discovery of a World in the Moone *, ouvrage plus sérieux qui présente la possibilité réaliste d’un voyage vers la Lune.

L’influence de Lucien de Samosate va se ressentir chez un auteur que le grand public connaît principalement à travers la pièce de théâtre Cyrano de Bergerac.

Mais c’est le vrai personnage qui inspira cette pièce, Savinien de Cyrano de Bergerac, qui en 1657, nous légua ce fantastique récit de voyage sur la Lune appelé L’Histoire comique des États et Empires de la Lune * (voir image ci-contre).

Fusées et autres machines Savinien s’appuie sur les découvertes de grands savants comme Copernic, Gassendi et Galilée pour écrire une satire à l’encontre des institutions religieuses et politiques de l’époque. Dans son roman, le moyen de transport est une sorte de machine à fusées dont il se garde bien de nous expliquer son fonctionnement. L’œuvre de Savinien s’inscrit dans le courant libertin de la première moitié du XVIIe siècle. A cette époque, être libre­-penseur et tenir tête à l’Eglise pouvait conduire à des tragédies. Les exemples du moine philosophe Giulio Cesare Vanini torturé et brûlé sur la place du Salin à Toulouse en 1619 ainsi que du penseur italien Giordano Bruno ont certainement marqué la conscience de Cyrano.

Des créatures imaginaires

En 1516, dans un tout autre registre, le poète italien Ludovico Ariosto dit l’Arioste, utilise un moyen de transport extrêmement fantaisiste pour aller vers la Lune dans son poème épique Roland furieux *. Ici, pas de fusée, ni de ballon comme celui d’Edgar Allan Poe, ni de canon à la Jules Verne ou de navire emporté par une tempête, mais une créature hybride, mi­-cheval mi­-aigle, appelée un Hippogriffe sur le dos duquel s’envolera le héros de l’Arioste.

L’ère moderne Ce n’est qu’au début du 20ème siècle qu’il a été possible à l’esprit humain d’envisager la possibilité scientifique de s’arracher à l’attraction terrestre et d’explorer l’espace. En 1903, le russe Konstantin Tsiolkovski, publie son article sur L’Exploration de l’espace cosmique à l’aide d’engins à réaction ; il est aujourd’hui considéré comme le père de l’astronautique moderne. Un de ses plus fervents admirateurs, Alexandre Ananoff fut un éminent spécialiste français du voyage dans l’espace pendant les années 30 à 50.

L’Astronautique, son ouvrage de référence, a été une aide précieuse à la réalisation des aventures de Tintin sur la Lune par le dessinateur Hergé.
Déclaration de Konstantin Tsiolkovski :
« La Terre est le berceau de l’humanité,
mais on ne passe pas sa vie entière dans un berceau. »


SAP : Article écrit en juillet 2019 (Olivier Simonetto)

Lien direct vers l’exposition « Une histoire des voyages vers la Lune »


 

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